Stages d'apnée à Marseille - MORGAN BOURC'HIS : Présentation : Portrait

Portrait

- « Two minutes ! »

Avant de m’enfoncer dans les profondeurs de la mer, le jury égrène un compte à rebours précis. Je suis allongé sur le dos à la surface de l’eau, immobile. J’attends.

- « One minute thirty seconds ! »

De la main gauche, je tiens la corde qui s’enfonce dans les abysses jusqu’à la profondeur que j’ai annoncée. Je vais descendre le long de celle-ci, en nageant et sans me tracter. Elle me sert juste de guide.

- « One minute ! »

Ma respiration est subtile, presque imperceptible, je ne dépense aucune énergie. Je suis relâché et dans un état de concentration maximum.

- « Thirty seconds ! »

Mon corps accepte les légers mouvements de l’eau. Mes derniers instants à la surface sont intenses mais intériorisés. Je sais que je vais partir ailleurs, dans une autre dimension.

« Twenty seconds ! »

J’inspire profondément et j’expire tout l’air que je peux, en allant chercher au plus profond de mes poumons. J’essaye de me vider au maximum. Je laisse la place à un nouvel air purifié qui sera mon unique réserve pour la plongée à venir.

« Ten seconds ! »

Ma dernière inspiration est lente, profonde. Elle part de l’abdomen, se poursuit par ma cage thoracique et se termine au niveau de mes clavicules. Puis j’effectue une manœuvre supplémentaire que l’on nomme packing et qui me permet au final d’emmagasiner plus de 10L d’air dans mes poumons.

« Five, four, three, two, one – Official top ! »

Je me retourne par une demi-vrille, je plie mon buste, mes bras et ma tête amorce mon immersion. Je pars…

 

Je suis Morgan Bourc’his. Je suis un plongeur apnéiste, double champion du monde dans cette discipline atypique, et je viens de partir pour une plongée à -90m qui durera 3’28. Je m’immerge avec une seule inspiration à la seule force de mes bras et de mes jambes en nageant la brasse, sans palmes et sans aucune autre assistance.

 

On ne devient pas champion du monde de plongée en apnée par hasard, du jour au lendemain. Chacun a son histoire personnelle, la mienne contient évidemment toutes les subtilités qui m’accompagnent jusqu’à aujourd’hui. Plus de trente ans séparent mes premières immersions dans la piscine municipale de Joué-Lès-Tours, ma ville natale, de mon titre de champion du monde en poids constant sans palmes obtenu en Grèce en 2013.

Pourtant les deux sont liés. J’ai appris à nager très jeune, et j’étais spécialiste de la brasse lors des compétitions qui ont rythmé ma vie de pré-adolescent. Mais le ballon orange et les paniers m’ont cependant éloignés des bassins par la suite pendant plus de douze années. Courir derrière un ballon était plus amusant que de compter les carreaux pour moi. J’ai eu la chance de pratiquer le sport que j’aimais le plus à cette époque, et à haut-niveau, grâce au soutien de mes parents. Avec l’insouciance de l’adolescence, je rêve même d’être basketteur professionnel. J’aime le sport, et vivre en faisant du sport m’apparaît un idéal de vie extraordinaire. Mais il faut être très fort pour cela…

Mes parents avaient aussi la bonne idée de nous emmener voyager tous en famille l’été au bord de la Méditerranée, parmi la multitude d’îles qui la composent. J’avais abandonné l’eau chlorée, mais je découvrais l’univers sous-marin. J’étais marqué par cet univers, plus que je ne l’imaginais. Les immersions rythment ces journées fabuleuses. Je tente même de respirer sous l’eau d’abord avec un tuyau d’arrosage et de manière désordonnée, puis plus tard avec un scaphandre autonome, lors d’un voyage aux abords de Marseille en 1993… J’ai alors quinze ans, je vois au loin d’immenses bateaux dans ce qui semble être une cité fantastique. Mais elle reste au loin, curieuse et énigmatique.

Le parquet des salles de basket-ball m’accompagnera jusqu’à l’université de Poitiers. Et bien des années après mes premières brasses, l’envie de nager me reprend. Le ballon orange m’amuse moins. Je n’ai plus le même âge ni la même maturité. Je découvre l’apnée en piscine en me rapprochant d’un club de plongée en 1999. J’enchaîne les longueurs, je découvre un plaisir immense. Je décide même de consacrer mes études sur cette discipline. Je travaille alors pendant deux ans sur la physiologie cardio-vasculaire de l’homme en apnée. J’étudie les adaptations du corps humain, et je tente de les ressentir en pratiquant la discipline. Je deviens l’un de mes cobayes lors de mes expérimentations.

Ces recherches m’amènent à Marseille en 2000, pour de nouvelles collaborations scientifiques et pour (re)découvrir l’apnée en mer. Je vis désormais dans la cité fabuleuse de mon adolescence. Je ne peux continuer mes études pour diverses raisons. Je deviens alors professeur de sport pour des enfants et des adolescents ayant des troubles du comportement et des troubles psychiatriques. Mais je continue à pratiquer assidument en me rapprochant d’un club local. Il existe peu de références sur l’entraînement à l’époque. Et fort de mes connaissances scientifiques sur le sujet et d’un parcours universitaire dans le sport, je prends rapidement les rênes de la structure. J’en suis encore le président aujourd’hui.

Je participe à ma première compétition en 2001. En 2005, je suis sélectionné une première fois en équipe de France AIDA d’apnée, pour disputer l’épreuve d’apnée dynamique sans palme. Il s’agit de nager la plus grande distance immergée en bassin… à la brasse. Un premier clin d’œil à mon premier sport. Autodidacte depuis le début, mes entrainements semblent pertinents. En 2006, nous sommes médaillé de bronze par équipe dans une compétition qui ressemble alors à la coupe Davis en tennis. Chacun rapporte des points en fonction de ses performances. Cette récompense collective est extraordinaire. En 2007, je bas mon premier record de France dans la discipline du poids constant sans palme, qui se nage toujours à la brasse. Mais ici, il s’agit de descendre au fond de la mer. En 2008, nous sommes sacrés champion du monde par équipe avec mes partenaires. Une récompense ultime après une première étape deux ans auparavant. La passion pour ce sport devient forte et j’aimerais bien en faire mon métier. Mais la profession « champion d’apnée » n’existe pas vraiment.

En 2011 j’obtiens mon premier podium individuel en championnat du monde, toujours dans ma discipline de prédilection. En 2012 je bas mon premier record d’Europe dans la mer des Caraïbes, aux Bahamas. En 2013, je deviens champion du monde en poids constant sans palmes. A partir de cet instant, tout s’accélère. Et un rêve devient réalité. 2014 est une année de transition professionnelle. Mon titre m’a apporté beaucoup de retombées médiatiques et de partenaires. Depuis janvier 2015, je suis devenu « champion d’apnée professionnel ! ». Je vis de ma passion grâce à mes sponsors, je suis ambassadeur pour des marques. Avec à mon expérience d’athlète de haut-niveau, je donne également des conférences en entreprises, j'ai aussi un rôle de consultant, et j’organise des stages d’apnée partout en France.

Après des années d'effort, avec le soutien de mes proches et la rencontre de personnes clés, je me suis donné les moyens de vivre un rêve d’enfant. J'ai su saisir les opportunités quand elles se présentaient, mais je reste persuadé qu'elles ne sont jamais le fruit du hasard.

 

Bienvenu dans mon univers, venez avec moi dans une autre dimension.